ABC : Solution pour la PME manufacturière ?
Jacques Villeneuve
Cette partie est puisée dans l'article de , conseiller en gestion, DEGE (Canada), Mars 1998

Introduction : ABC (Comptabilté par Activité)

Le présent document poursuit deux objectifs précis :

  • comprendre ce qu'est
  • aider le dirigeant de PME manufacturière (bien que tout genre d'entreprise puisse en tirer des avantages) à choisir des outils de gestion pertinents et à mieux connaître les coûts de ses produits.

Historique

La concurrence mondiale des dernières décennies a forcé les grandes entreprises manufacturières à repenser leurs méthodes de gestion et à rationaliser leurs opérations. L'accent a été mis sur les objectifs suivants :

  • réduction du temps de fabrication par la mécanisation, la robotisation et la standardisation des produits;
  • réduction des stocks (Juste-à-temps JIT);
  • réduction du coût des matières premières par la standardisation des pièces;
  • réduction du temps de réglage des machines;
  • amélioration du contrôle de la qualité (assurance-qualité, ISO).

Toutes ces améliorations ont modifié profondément la structure des coûts de l'entreprise et les besoins d'information.

Ce document explique donc sommairement la nouvelle théorie de la comptabilité par activités, apparue vers  1985, et la compare avec la méthode traditionnelle (comptabilisation des dépenses par fonctions et imputation des frais généraux au coût du produit et aux stocks).

Évolution des méthodes

La comptabilité traditionnelle, qui emploie la méthode des coûts complets, ne répond plus aux besoins d'information sur le coût d'un produit pour les raisons suivantes :

  • la main-d'oeuvre directe, qui servait souvent de référence pour l'imputation des frais généraux, est de moins en moins significative;
  • il est difficile de distinguer la main-d'oeuvre directe de la main-d'oeuvre indirecte (ex. : robotisation, automatisation);
  • l'augmentation des frais généraux est très importante : amortissements, réparations, planification, recherche et développement, gestion des stocks, ingénierie, etc. On peut considérer aujourd'hui que les frais généraux représentent, en moyenne, cinq fois la main-d'oeuvre directe.

u l'importance de ces éléments, il a fallu repenser le comportement des frais d'opération et voir l'entreprise comme un ensemble d'activités (chaînes d'activités ou processus) par opposition à un ensemble de ressources (dépenses regroupées traditionnellement par unités administratives), afin de déterminer le coût de revient d'un produit. C'est la base de la comptabilité par activités.

Concepts

Une activité, c'est un ensemble de tâches ou d'actes imputables à une personne ou à une machine; c'est ce que fait l'entreprise et c'est ce que font les employés et les gestionnaires.

La méthode comptable vise donc, dans un premier temps, à identifier et à rattacher les ressources (frais d'opération) aux activités, et, dans un deuxième temps, les activités (recherche, ingénierie, approvisionnement, mise en course, transformation, assemblage, contrôle de qualité, livraison, etc.) aux produits.

Les frais d'exploitation (vente, administration, finance) n'étaient pas imputés dans la méthode des coûts complets. Toutefois, dans le concept des activités, plusieurs de ces frais, de plus en plus élevés, peuvent être reliés à des activités. C'est pourquoi ils sont considérés dans la méthode des coûts par activités.

Il faut cependant reconnaître qu'en pratique, plusieurs entreprises ne comptent que la main-d'oeuvre et les frais généraux de fabrication dans l'évaluation du coût des activités. Cette variation ne donnera donc que des résultats partiels, puisque tous les frais d'opération ne seront pas imputés aux activités.

Cette nouvelle méthode permet d'obtenir une idée plus précise du coût réel d'un produit, en reliant le processus de fabrication à des activités précises, ce qui peut conduire à des décisions opposées à celles que suggère la méthode traditionnelle des coût complets.

  1. Identification des activités.
  2. Établissement d'un nouveau plan comptable (ou probablement paracomptable) pour l'identification et le regroupement des ressources (main-d'oeuvre directe, frais généraux de fabrication, frais de vente, frais d'administration, frais de finance) en fonction des activités.
  3. Développement (ou achat) d'un logiciel assez complexe et réorganisation du système de cueillette de données.
  4. Accumulation des coûts (ressources) par activités.
  5. Identification des inducteurs (facteurs générateurs de coûts). Exemples : poids, nombre de pièces, valeur des matières utilisées, heures-machines, heures-personnes, unités finies.
  6. Établissement du coût unitaire d'une activité en divisant les coûts d'une activité par son inducteur (facteur de coût).
  7. Établissement du coût de revient d'un produit: a) multiplier le nombre d'unités d'activités par leur coût unitaire respectif  b) imputer directement le coût des matières premières concernées.

Avantages et inconvénients

  1. De façon générale, la comptabilité par activités est mieux adaptée aux entreprises qui présentent les caractéristiques suivantes: 
    • haute technolgie;
    • frais généraux très élevés par rapport à la main-d'oeuvre directe;
    • plusieurs activités très diversifiées;
    • conception du produit et du processus de fabrication coûteuse;
    • coûts de mise en route élevés;
    • fortement automatisées et informatisées.
  2. Si l'entreprise constate que le coût d'un produit est trop élevé, il devient compliqué de savoir quoi couper lorsque les frais fixes et variables sont tout mélangés. Un bon nombre de frais fixes sont des frais de périodes ou de structure, et peuvent rarement être comprimés. Toute cette fonction d'analyse et de choix relève de la phase additionnelle appelée ABM/Activity-Based Management/Gestion des activités.
  3. Quant à la prise de décision stratégique (prix de vente, quantité, etc.), elle est difficilement applicable avec cette méthode car on ne peut plus retracer le point mort ni la contribution marginale (marge contribuant à payer les frais fixes).
  4. Une réflexion s'impose donc sur la pertinence des coûts unitaires obtenus au moyen de cette méthode. Comme tous les frais sont imputés aux activités, et qu'une bonne partie de ces frais sont fixes de par leur nature, la fiabilité des informations obtenues est donc discutable, puisque toute base d'imputation est, par définition, subjective ou arbitraire.
  5. L'utilisation de ce concept favorisera toutefois un questionnement sur les coûts (ressources) et engendrera probablement la réingénierie de certains processus de fabrication et de gestion.
  6. L'implantation de cette méthode ajoute également des frais importants : logiciels spéciaux, équipements de cueillette et traitement des données, formation du personnel, etc.
  7. Avant de décider si ce concept est la solution pour la PME manufacturière, le dirigeant d'entreprise devra donc s'imposer une évaluation systématique des avantages et inconvénients de cette méthode et aussi s'assurer que les informations obtenues sont vraiment utiles à la prise de décision. 

N.B. Étant donné les inconvénients importants des méthodes coûts complets et coûts par activités, particulièrement pour les PME manufacturières qui ont des frais variables élevés par rapport aux frais fixes, il est possible de développer une méthode mixte alternative «comportement/activité». Celle-ci, tout en identifiant le coût de certaines activités spécifiques, permet d'établir la rentabilité d'un produit. Toutefois, comme cette méthode ne fait pas l'objet du présent document, elle n'est mentionnée qu'à titre indicatif seulement.

Références utiles :

E-mail de Jacques Villeneuve