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Les règles du jeu concurrentiel |
| WILLIAM P. PUTSIS |
| Les Echos, Juin 2001 |
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Il ne suffit pas d'anticiper la réaction des consommateurs à une
action marketing. Le succès dépend dans une large mesure du comportement
des concurrents.
Types d'interactions De précédentes recherches ont essayé de classer ou de catégoriser le jeu de la concurrence selon trois grands schémas. Tout d'abord, comme nous l'avons déjà mentionné, le comportement indépendant implique une absence totale de réactivité aux actions de la concurrence. Ensuite, le comportement coopératif suppose que les entreprises agissent de façon coordonnée. Enfin, le comportement concurrentiel présume que les entreprises maximalisent leurs propres bénéfices, en concurrençant toute action de leurs rivales. Ces interactions ne sont pas toujours faciles à déduire des données collectées sur le marché : alors que des augmentations simultanées de prix laissent présager un comportement coopératif, des baisses parallèles peuvent, elles, indiquer un comportement de «représailles». Récemment, un nouvel ensemble d'interactions, comprenant trois schémas de comportement symétrique et trois schémas de comportement asymétrique, a été élaboré. Nous commencerons par les formes symétriques. Les promotions coopératives impliquent des décisions commerciales coordonnées : si une entreprise augmente l'intensité de ses actions de promotion, l'autre réduit les siennes pour ne pas la gêner. Les campagnes de promotions alternées de Coca-Cola et de Pepsi sont une bonne illustration de ce genre de comportement. En revanche, les promotions non coopératives supposent que toute augmentation (ou réduction) de l'intensité des promotions d'une entreprise sera contrée par une augmentation (ou réduction) des actions de promotion de sa rivale. Exemple type : deux entreprises qui se battent à coup de bons de réduction pour les mêmes parts de marché des ventes de fin d'année. Le dernier comportement symétrique est celui où les deux concurrents font preuve d'une égale indifférence face aux actions de l'autre. Ce type de comportement indépendant se retrouve sur les marchés où la demande est peu substituable. Etant donné le manque de réaction aux promotions des uns et des autres, la relation de concurrence est peu marquée. Le comportement concurrentiel peut aussi être asymétrique. Les deux schémas principaux du comportement asymétrique sont le «leader-suiveur» et le «dominant-marginal». Le comportement leader-suiveur (connu aussi sous le nom de «Stackelberg») intervient lorsqu'une des entreprises (le suiveur) réagit aux actions de l'autre, alors que celle-ci (le leader) n'agit pas réciproquement. On considère souvent par exemple que les marques de distributeur choisissent de suivre les grandes marques nationales dans leurs actions de marketing. Dans le cadre de la relation dominant-marginal, les stratégies de concurrence des deux entreprises empruntent des directions opposées. Une entreprise décidera de fonctionner en collaboration alors que l'autre s'y refusera. Par exemple, une entreprise plus faible ou «marginale» peut ne pas avoir envie d'affronter directement l'entreprise dominante du marché et donc s'accommoder des actions commerciales de son puissant rival. En revanche, l'entreprise dominante peut agressivement défendre ses parts de marché, et adopter une démarche de non-collaboration. En gardant à l'esprit cette panoplie de comportements concurrentiels possibles, il est possible de brosser le tableau complet des réactions à la promotion. Du côté du consommateur, la demande va être influencée par la substitution entre catégories, la possibilité de stocker le produit en promotion en vue d'une utilisation ultérieure, ou par l'importance même que revêt le produit dans le panier de la ménagère. De plus, les entreprises rivales risquent de réagir selon l'un des schémas présentés ci-dessus. Ce n'est qu'une fois les réactions de l'offre et de la demande combinées que l'on sera à même de dresser un tableau complet du comportement du marché. L'essentiel, dans cet exercice, est donc de pouvoir séparément identifier et estimer ces variables. Recherches actuelles Que savons-nous aujourd'hui de la nature du jeu de la concurrence entre entreprises ? Les études les plus récentes suggèrent des variations importantes selon les catégories et les instruments du marketing mix. Par exemple, la publicité sur le tabac est plutôt coopérative, contrairement à la fixation normale des prix (c'est-à-dire hors réductions ponctuelles) sur le marché des boissons gazeuses. Quant au marché des détergents, la détermination des prix y obéit plutôt à des règles «leader-suiveur». Dans le cadre d'une récente étude détaillée sur les relations commerciales, nous nous sommes penchés sur les interactions entre marques de distributeur et marques nationales, en examinant 58 catégories de produits d'épicerie. Selon l'usage dans ce type d'étude, nous nous sommes appuyés sur les données obtenues par scanner aux caisses des supermarchés américains. Nous nous sommes concentrés, pour chaque catégorie, sur quatre variables du marketing mix : le prix habituel, la baisse ponctuelle du prix, la publicité et la position en rayon. En utilisant le modèle de variations conjecturelles, nous avons catégorisé chaque variable selon les cinq schémas de jeu de la concurrence décrits ci-dessus. La figure 2 résume nos conclusions, qui révèlent des différences importantes en matière d'interactions concurrentielles selon les catégories et les instruments de promotion. Ces résultats concordent d'ailleurs avec les conclusions d'autres études. S'agissant des marques de distributeur et des marques nationales, nos résultats suggèrent que le leadership d'une marque nationale représente le schéma de concurrence le plus courant pour chacune des variables du marketing mix. Néanmoins, ce type de comportement s'applique à 19 des 58 catégories étudiées, alors que le leadership de prix des marques de distributeur concerne trois catégories : le lait, les légumes surgelés et le pain frais. Il n'est pas étonnant qu'un grand nombre de catégories (16) soit caractérisé par une non-collaboration en matière de prix. Sur l'ensemble des quatre variables du marketing mix, le leadership des marques nationales était la forme d'interaction la plus courante (69 cas), suivi du comportement d'indépendance (42), puis des interactions de non-collaboration (40), du schéma «dominant-marginal» (37), des interactions coopératives (27) et du leadership des marques de distributeur (17). Bien que cette caractérisation soit déjà très détaillée, elle ne représente que le commencement d'un travail qui vise à comprendre en profondeur les véritables relations concurrentielles entre entreprises d'un même marché. Nous n'avons encore que peu de données empiriques des différents schémas possibles entre entreprises au vu de l'étendue des secteurs à étudier et de la gamme des circonstances possibles. Conclusion Il n'existe pas de schéma unique décrivant la concurrence entre entreprises, pour quelque secteur d'activité et quelque contexte que ce soit. Le schéma d'interaction est souvent complexe, avec de grandes variations entre instruments au sein d'une même catégorie. La plupart des études empiriques effectuées à ce jour suggèrent que la rivalité entre concurrents ne fonctionne pas de façon symétrique, et que les actions sur le marketing mix ne nécessitent pas toutes une réaction uniforme. Le jeu de la concurrence au sein d'une catégorie semble donc dépendre d'un ensemble de variables. Comme nous l'avons souligné dans la figure 1, les facteurs influençant la demande, la structure du marché et du secteur industriel, la « personnalité » de l'entreprise et les caractéristiques de la catégorie se combinent de façon complexe pour déterminer le comportement stratégique. En outre, chaque instrument du marketing mix peut être utilisé comme outil stratégique dans des buts différents, ce qui semble impliquer que les entreprises peuvent très bien adopter des positions concurrentielles différentes pour chaque instrument. Peu de recherches ont été effectuées pour expliquer le comportement des entreprises. Quand la collaboration se révèle-t-elle être la meilleure politique ? Quelles sont les circonstances qui favorisent l'indépendance ? Les dirigeants doivent prendre en compte les orientations et l'ampleur des réactions des concurrents lorsqu'ils évaluent l'impact éventuel d'une modification de l'une des variables de leur marketing mix. Et l'information dont ils ont besoin pour ce faire commence à peine à émerger des recherches en cours. |
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