|
La mondialisation et le Maroc |
| Le journal |
| Source : Le journal, Semaine du 6 au 11 décembre 1999 |
|
L'accord permet aux pays membres l'élargissement des marchés des produits industriels à travers la levée des entraves non tarifaires et l'abaissement des droits de douane ou leur consolidation. 1. la mondialisation constitue-t-elle une menace pour le Maroc ? Au moment ou les membres de l’OMC inaugurent un nouveau round à Seattle, les PVD se posent de plus en plus de questions quant aux conséquence de la de libéralisation. L'entreprise, surtout petite et moyenne, n'est pas suffisamment préparée à la concurrence étrangère. La libéralisation du commerce mondial et l'ouverture des frontières seront certainement à l'origine de la disparition de pans entiers du tissu industriel national. Cela ne veut pas dire que les pays en voie de développement (PVD) devront vivre en autarcie. Néanmoins, il faudra repenser le processus dans son ensemble. La mondialisation, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, sans mesures d'accompagnement en faveur des PVD, ne peut que nuire fortement à ces pays. Certes, pour le consommateur final, le jeu de la libre concurrence est très bénéfique, mais il ne faut pas oublier non plus que ces pays sont très souvent confrontés à des problèmes socio-économiques très profonds avec, en tête de liste, la problématique de l'emploi. Ces pays souffrent aussi, et essentiellement, de la faiblesse de la demande. Or, la déconfiture des PME signifie inévitablement la perte de plusieurs milliers d'emplois, ce qui porterait atteinte au pouvoir d'achat et pademande. En décortiquant des concepts tels que la mondialisation et la globalisation, de grandes questions se posent. La plus importante et la plus simple aussi, est de savoir Si oui ou non il faut adhérer à ce mouvement d'intégration d'envergure mondiale. Au Maroc, il fallait s'y attention patrons et chefs d'entreprises marocains n'ont aucun complexe à reconnaître qu'ils «ne sont pas tout à fait prêts à affronter les concurrents étrangers» sans pour autant rejeter la mondialisation. La position officielle du Maroc, elle, est plus tranchée. Dans sa version officielle, telle qu'elle sera lue à la conférence ministérielle de Seattle, «le Maroc réaffirme son attachement aux objectifs assignés au Système Commercial Multilatéral tels qu'ils sont énoncés par les accords de l'OMC». Contrairement à ceux qui incriminent la mondialisation, les officiels marocains soutiennent que «la libéralisation du commerce mondial devrait être maintenue, compte tenu de ses bienfaits prouvés sur la croissance, le développement et le bien-être de la population». A l'autre extrémité, il y a ceux qui sont contre. ATTAC, qui est le plus grand regroupement mondial d'ONG jamais connu, est le leader du mouvement contestataire. Pour ATTAC, il est clair que l'OMC et la mondialisation sont à bannir. Entre ces deux positions diamétralement opposées, d'autres courants, le plus souvent nourris des milieux universitaires, affichent un avis mitigé. Pour se prononcer pour ou contre la mondialisation, il faut définir d'abord de quoi on parle. Sur ce plan, le débat se retrouve à un niveau de conceptualisation beaucoup plus élevé. Et la position prise dépendra bien entendu du contenu qu'on donnera à des concepts tels que la mondialisation ou la globalisation. Pour l’instant, il paraît y avoir un semblant de consensus entre les opérateurs nationaux sur les bienfaits de l'ouverture. Mais plus pour longtemps, peut-être, puisque les contestataires, ATTAC, envisageraient vraisemblablement d'ouvrir une antenne au Maroc. Cela pourrait aussi donner le coup d'envoi d'un grand et vrai débat national sur la position à prendre par rapport à la mondialisation. 2. les attentes de la délégation marocaine Les dossiers que le Maroc souhaite inclure immédiatement dans les négociations :
En revanche la délégation marocaine est défavorable à l'adoption immédiate des décisions portant sur :
Le Maroc, actuellement président des G77, estime qu'il est nécessaire de définir la notion de traitements spécial et différencié (TSD) en disposant d'une plus grande marge de manœuvre avant l'entrée en vigueur des accords, l'enjeu est important car il s'agit d'éviter sa marginalisation ainsi que celle des PVD dans le commerce mondiale. Pour ce qui est des accords sur le droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) le Maroc et éloquent à ce niveau "il faut étudier au cas par cas la situation des PVD qui ne semble pas être en mesure d'appliquer l'ADPIC à partir du 1er janvier 2000. Aussi, le Maroc serait flexible sur la question de la prorogation du délai de transition accordé aux PVD. La notion du TSD prend aussi son ampleur pour la délégation marocaine au sujet de l'épineux dossier de l'agriculture. avec un population rural de 50% et un appareil de production peu compétitif à l'échelle internationale, le Maroc demande une période de transition de 5 ans à partir de l'entrée en vigueur des accords non encore conclus. En revanche, il milite pour une réduction des subventions à l’exportation. sur ce registre particulièrement, la position marocaine est délicate, car elle est déterminée, du moins en partie, par les traditionnelles relations avec L’union européenne et a France notamment. Le Maroc se sentant «floué» par les dernières mesures de libéralisation, n’est par tellement chaud à s’engager dans de nouvelles concessions. Et l’une de ses préoccupations aujourd’hui est d’inclure dans les négociations les produits horticoles. Véritable cheval de bataille pour les exportations agricoles marocaine. Ainsi, dans cette rixe à multiples facettes les conflits risquent de surgir de là où il sont le moins attendus: les PVD (pays en vois de développement).ces derniers ne se contentant pas plus de la compassion des grandes puissances à leurs malheurs espèrent les voir rapidement passer à l’acte. 3. Les manifestants font monter la pression Il s'agit d'un ensemble d'affrontements survenus à Seattle, siège du constructeur Boeing, pour dénoncer les méfaits de la mondialisation. Plusieurs personnes se sont manifestées le 29 novembre dans les rues de Seattle,une manière de montrer que les américains ne sont pas des libéraux obsédés par le libre-échange. A Londres, environ 40 arrestations ont été effectuées suite aux affrontements sporadiques intervenus le soir du Mardi 30 Novembre entre police et manifestants. Au même moment, à Seattle cette fois-ci, les mouvements anti-mondialisation se sont intensifiés faisant revivre durant quelques heures l'ambiance contestataire des années soixante. Ces manifestations illustrent fort bien les insatisfactions éprouvées par chacun face à une mondialisation envahissante.Obtenir l'adhésion de l'opinion publique s'annonce ainsi difficile pour l'OMC.Mais les politiques devront en tenir compte.Car ce n'est certainement pas la première fois que les rues des villes américaines s'emplissent des voix contestataires de la politique américaine. Les politiques d'ouverture restent sujet à polémique,car une question nous interpelle,est-ce que tous les pays sont-ils égaux face à l'ouverture de leur économie. 4. pourquoi faut-il s’opposer a l'OMC ? Un mouvement d’envergure mondiale se dresse sur le chemin des Négociations de Seattle ATTAC mené une véritable anti-OMC. La conférence ministérielle de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) constitue un enjeu majeur pour tous les pays, pour tous les peuples. La création de l'OMC en 1995 a été faite dans l'opacité. Elle n'a rien d'une organisation démocratique et va décider en lieu et place des Etats, des Nations, des peuples. Les seuls intérêts qu'elle défend sont ceux des firmes transnationales et des spéculateurs financiers. L'enjeu réel, c'est l'inféodation définitive du pouvoir politique aux intérêts des firmes transnationales. Derrière le sigle OMC (WTO pour les anglophones) se cachent des réalités qui concernent la vie de chacun d'entre nous. Les principaux éléments des négociations donnent une image assez précise de «l'horreur économique». Il s'agit de soumettre l'agriculture paysanne au marché mondial, ce qui aura comme conséquence la disparition des petites exploitations familiales au profit des oligopoles de l'agro-alimentaire (dans les pays agricoles comme le Maroc, ce serait tout simplement un suicide). La privatisation des services publics est prônée comme solution idéale pour la santé, l'éducation, la culture, l'eau, l'énergie, les transports, la communication, ce qui a pour objectif de permettre aux firmes multinationales d'accéder aux marchés colossaux que constituent ces secteurs. Evidemment, l'OMC prévoit des sanctions contre tous ceux qui dérogeraient aux principes édictés par elle. Toute politique de protection, qu'elle soit de nature économique, alimentaire, de santé ou de solidarité sociale serait interprétée comme un «obstacle technique au commerce». Evidemment, les services publics doivent disparaître car ils sont un obstacle à la concurrence. Il ressort donc que le danger est immense d'autant que la plupart des élus n'ont pas pris la mesure du pouvoir auquel ils sont en train de renoncer. La grande majorité de l'opinion ne voit pas le danger. Ce que l'on peut regretter, c'est que dans un pays comme le Maroc, le débat n'ait pas été porté sur la scène publique. Pour les pays du Tiers-Monde, l'OMC serait l'institution définitive d'une recolonisation sous l'autorité de gros investisseurs et d'entreprises transnationales qui organiseraient le commerce mondial à leur seul profit et au mépris de toute législation. L'OMC pousse au maximum la privatisation par dérégulation des prérogatives des Etats. Ce néolibéralisme qui par ailleurs prône l'avènement de la société civile (mais ne tient ce discours que pour mieux affaiblir les Etats), veut réduire l'influence des partis politiques, des syndicats, bref, créer un espace libre de toute contrainte et où aucune force ne viendrait contrecarrer sa volonté de puissance et son hégémonie. Dans un pays comme le Maroc où d'un point de vue économique la demande est déjà faible du fait de l'imposition par le Fonds monétaire international d’un gel des salaires, ce serait la fermeture de la plupart des petites entreprises et les licenciements en cascade. La résistance face aux prédateurs transnationaux ne pourrait avoir lieu.
Il faut craindre que, pour l'OMC, cette question n'ait aucun sens. |
|
|
||||