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Comment prévoir la réaction du marché à l'arrivée d'un produit nouveau
? Quel sera l'assortiment de produits le plus rentable pour un distributeur
? Pour répondre à des questions aussi complexes, l'analyse de corrélation
se révèle un outil performant.
L'art de la distribution est d'offrir au client un éventail séduisant
de produits et de services avec le meilleur choix en termes de marque
et de segment de prix. La mission du distributeur est d'identifier
les combinaisons attributs-prix recherchées par le client et de présenter
la meilleure offre. L'assortiment de produits et les prix sont assurément
les deux arguments décisifs pour les clients quand ils font leurs
achats.
Définir le mix de produits optimal est un défi permanent pour le distributeur.
S'il possède une gamme de produits trop étroite, ses clients risquent
de s'adresser ailleurs et, dans le cas contraire, son magasin bouclera
l'exercice avec un stock d'invendus. L'objectif de cet article est
de décrire les techniques qui lui permettent d'élaborer le meilleur
assortiment.
Bien sûr, il ne s'agit pas là du seul problème que doit résoudre un
distributeur. Il faut aussi que ses prix soient compétitifs et que
sa gamme de prix réponde aux attentes de ses clients. La première
de ces deux tâches nous fait déjà entrevoir, à elle seule, toute la
complexité de ce métier.
Si, par exemple, un concurrent augmente ou baisse le prix d'un produit
de 5%, faut-il s'aligner ? Si oui, faut-il le faire totalement ou
partiellement ? Lorsqu'on décide de vendre un nouveau produit avec
des attributs supplémentaires, comment évaluer son intérêt par rapport
à l'ancien produit ? Comment fixer le prix des différents articles
lorsque des produits concurrents rivalisent sur un même linéaire ?
Quelles seront les répercussions sur notre part de marché si l'on
change le prix d'un produit spécifique et quelle sera, bien sûr, la
réaction de la concurrence ?
La situation se complique encore quand une société commercialise plusieurs
produits qui rivalisent non seulement entre eux, mais aussi avec d'autres
marques sur le marché. Supposons, par exemple, qu'un directeur de
magasin référence, parmi d'autres articles, sept marques ou modèles
différents de batteurs électriques et qu'il cherche à définir la combinaison
marque-prix idéale pour son point de vente. Étant donné que le linéaire
et l'espace de vente dont il dispose sont - par définition - limités,
il se demande s'il peut augmenter ses profits en réduisant son nombre
de références. Les questions qu'il devra se poser sont les suivantes
:
* Dans le cas du retrait d'un batteur spécifique, quel est celui des
autres modèles qui récupèrera la plus grande part de marché ?
* Cette décision augmentera-t-elle ou réduira-t-elle les profits du
magasin ?
* Quelle est l'élasticité de prix de chaque batteur référencé dans
l'assortiment ?
* Quel est le degré de flexibilité dont on dispose pour ajuster les
prix, et renforcer ainsi la rentabilité globale de la ligne de batteurs
?
* Y a-t-il des marques non référencées à l'heure actuelle que l'on
pourrait vouloir ajouter à cet assortiment ?
* S'il faut conserver les sept modèles, comment fixer les prix pour
optimiser le retour sur investissement ?
Différence de rentabilité
Dans l'étude que nous avons effectuée pour un tel distributeur, nous
avons analysé toute sa ligne de batteurs en les retirant un par un,
afin de déterminer leur impact, et en les réintégrant par la suite.
Cette approche nous a permis d'identifier la meilleure combinaison,
à la fois en termes de ligne de produits et de prix. On constate souvent
que la baisse de part de marché consécutive au retrait d'un produit
est largement compensée par une augmentation des marges.
Admettons que le batteur de marque A possède une part de marché de
10,6%. Qu'adviendra-t-il de cette part si nous le retirons de la
ligne ? Les clients se contenteront-ils d'acheter le produit le plus
proche en termes de prix ? Resteront-ils fidèles à la marque en se
reportant sur le produit immédiatement inférieur ou supérieur ? Ou
s'adresseront-ils ailleurs pour trouver cet article ?
La réponse à toutes ces questions fournit de précieuses informations
sur la valeur de la marque, la compétitivité d'un produit spécifique
et la stratégie de prix adoptée par le magasin. Nous avons découvert,
par exemple, que le retrait de la marque A entraînait un report de
4,2% sur l'un des modèles de la marque B et que les 6,4% restants
se répartissaient entre trois modèles différents de la marque C. Il
est donc évident que la marque A est la plus compétitive avec la marque
C.
L'élasticité des prix est une autre variable que le distributeur doit
prendre en compte. Qu'arriverait-il à la part de marché du batteur
de marque A si l'on augmentait son prix et si on le passait de 89,85
F à 109,85 F ? En d'autres termes, quel est le prix optimal ?
Notre étude montre que l'élasticité diffère sensiblement en fonction
des marques, et que le directeur de ce magasin peut maximiser la rentabilité
de sa marque A en baissant d'environ 5 F son prix actuel, qui se situe
à 99,85 F. A l'inverse, nous avons remarqué que le prix de la marque
D était positionné à un niveau trop bas et que le magasin améliorerait
sa rentabilité en le passant de 109,60 F à 120,55 F.
Il faut cependant garder à l'esprit que le prix optimal d'un produit
change selon qu'il est présenté seul ou avec d'autres. En d'autres
termes, le prix optimal pour le batteur D est en lui-même de 120,55
F, mais s'il figure en rayon aux côtés de la marque A, le prix optimal
sera légèrement plus élevé.
La question finale que nous avons étudiée pour ce distributeur est
celle de la réduction de sa ligne de produits. Pour décider d'un retrait
de produit, il ne suffit pas de déterminer quel est l'article qui
se vend le mieux et celui qui se vend le moins bien. En effet, notre
étude montre que le magasin pouvait augmenter sa rentabilité par la
suppression d'un produit affichant une part de marché respectable
par rapport aux autres.
Cette approche relative à l'assortiment de produits et à la politique
de prix est le résultat d'une analyse de corrélation. Il s'agit d'une
technique qui va au-delà des tests de concept de produit traditionnels
et qui permet de définir l'assortiment de produits (ou de services)
qui optimisera les ventes et les profits. Ce type d'étude porte sur
toutes les spécificités des produits : prix, capital de marque, caractéristiques,
garantie, services techniques, etc.
Mais, c'est surtout dans les phases de tests de nouveaux produits
que l'analyse de corrélation s'avère particulièrement efficace. Par
« nouveau produit », nous entendons non seulement les extensions de
ligne ou de marque, mais surtout les innovations qui n'existaient
pas sur le marché jusqu'à présent. Il est très difficile de mesurer
l'accueil qui sera réservé par le marché à de telles nouveautés dans
la mesure où le consommateur n'a rien de concret sur lequel s'appuyer
et ne dispose pas non plus de produits comparables pouvant lui servir
de base de référence.
L'analyse de corrélation
Le travail que nous avait réalisé avec sept agences de transport régional
dans le secteur de New York/New Jersey est un bon exemple de mise
en pratique d'une analyse de corrélation. Notre mission était d'évaluer
l'acceptation éventuelle d'un système de péage électronique, baptisé
EZPass, sur les autoroutes et les ponts dans des secteurs très peuplés
et très fréquentés.
Au moment de l'étude, il existait déjà des systèmes similaires dans
plusieurs régions des Etats-Unis. L'avantage d'un système électronique
est d'éviter les files d'attente à l'entrée des péages. Il suffit
d'équiper les véhicules d'un transmetteur qui émet un signal radio
prédéfini. Ensuite, les récepteurs situés dans les couloirs réservés
au système lisent le signal émis par la voiture et débitent le compte
du conducteur ouvert à cet effet.
Les sept agences intéressées se sont rendu compte qu'elles avaient
intérêt à coopérer si elles voulaient vendre cette nouvelle idée dans
la mesure où le système régional d'autoroutes est étroitement intégré.
Par conséquent, elles ont créé un groupe de travail chargé d'identifier
la meilleure configuration, en termes d'attributs de service, pour
les clients de chacune des agences. Le groupe devait ensuite comparer
les configurations de chaque agence et déterminer les caractéristiques
de produit et service qui composeraient le meilleur assortiment pour
une population extrêmement disparate.
Le groupe a donc établi une longue liste de caractéristiques, qu'il
a ensuite affinée, pour aboutir à sept questions principales concernant
les usagers.
* Combien faut-il de comptes ? Comment les relevés de compte seront-ils
reçus ?
* Comment alimenter un compte EZPass et où ?
* Combien de couloirs seront réservés aux utilisateurs EZPass et comment
seront-ils contrôlés ?
* Sera-t-il possible de prêter le dispositif émetteur à un autre véhicule
?
* Ce dispositif doit-il être payé séparément ? Quels sont les autres
frais de service à régler ?
* Quel est le coût du système EZPass par utilisation ? Y a-t-il un
tarif dégressif en fonction de l'utilisation ?
* Quelles sont les autres utilisations possibles du EZPass (parking,
plein d'essence, par exemple) ?
Dès le départ, les agences participantes s'étaient engagées à mettre
en place le dispositif EZPass. Par conséquent, le groupe de travail
n'avait pas à se préoccuper de la demande pour le système en lui-même.
La nature du problème qu'il avait à résoudre était, en fait, relativement
proche de celui de notre directeur de magasin essayant d'identifier
la configuration optimale pour ses batteurs électriques.
Les agences ont réalisé qu'en identifiant, par une analyse de corrélation,
les attributs de service prioritaires pour les utilisateurs ainsi
que leurs préférences sur les niveaux d'attributs, elles pourraient
obtenir l'information dont elles avaient besoin. L'essentiel était
de déterminer l'utilité relative attribuée par les utilisateurs aux
différents niveaux d'attributs dans la mesure où ceux-ci entraînaient
des coûts d'exploitation sensiblement différents.
Le groupe de travail se trouvait confronté au problème que se pose
toute société essayant de développer un nouveau produit ou service
: il souhaitait que les usagers des péages coopèrent activement à
la création du système EZPass. Cependant, comme il s'agissait d'un
nouveau service qui ne leur était pas familier, seraient-ils capables
de le comprendre et d'évaluer son utilité dans son ensemble avant
de prendre leur décision ? En termes simples, comment le groupe de
travail arriverait-il à démontrer un produit non-existant à des utilisateurs
potentiels ?
La solution adoptée par ce dernier fut de produire une vidéo publicitaire
de 11 minutes expliquant que le système EZPass réduisait les problèmes
d'embouteillage quotidiens auxquels sont confrontés tous ceux qui
font la navette entre leur domicile et leur lieu de travail. Mais,
encore fallait-il qu'un échantillon suffisant de cette population
puisse voir la vidéo.
Il était impensable de faire une ou plusieurs réunions de groupe car
chaque agence voulait avoir un échantillon représentatif des zones
qu'elle desservait. Par conséquent, le groupe de travail procéda à
la sélection d'un échantillon auquel il adressa un mailing avec tous
les éléments de l'enquête : la vidéo, un questionnaire et les instructions
permettant d'y répondre.
La tâche la plus compliquée était de définir les combinaisons d'attributs
et de niveaux d'attributs, étant donné que chaque agence avait sa
propre vision à ce sujet. Cependant, les résultats de l'enquête mirent
en lumière une attente commune à l'ensemble du marché : les personnes
interrogées se préoccupaient bien plus du nombre de couloirs qui seraient
réservés aux utilisateurs EZPass et de la façon dont ils seraient
contrôlés que du prix du service. Le message adressé aux agences était
clair : il ne leur restait qu'à concentrer leurs efforts sur le principal
avantage du système, c'est-à-dire la réduction des embouteillages,
et ignorer les aspects moins importants aux yeux des utilisateurs.
Ce n'est qu'après avoir effectué cette étude préalable que les agences
participantes se rendirent compte de l'intérêt d'identifier la demande.
La création de couloirs EZPass, la commande d'émetteurs en grande
quantité et l'installation du système informatique représentaient
un investissement substantiel. Par conséquent, le groupe de travail
avait besoin d'une prévision exacte sur la demande globale pour ce
service.
L'expérience ultérieure devait confirmer l'exactitude de cette évaluation
puisque le système EZPass a été adopté par 40% des usagers réguliers
et qu'il sera généralisé dans les deux ans.
La combinaison attributs-prix a des répercussions directes sur la
vente de produits et de services et l'analyse de corrélation est une
technique de plus en plus utilisée pour faciliter la prise de décision
à cet égard.
Dans le secteur de la haute technologie, par exemple, IBM a eu recours
à cette technique pour concevoir sa station de travail Risc 6000 et
AT&T pour définir la politique
de produit et de prix de son premier système de téléphone
mobile basé sur la transmission dite «en nid d'abeilles». Les photocopieurs,
les imprimantes pour ordinateur, les jeux électroniques, l'automobile
et les appareils de photo sont autant de produits technologiques auxquels
elle a été appliquée avec le même objectif.
L'analyse de corrélation joue aussi un rôle important dans la conception
des produits de consommation courante tels que les produits alimentaires,
les boissons ou les produits de toilette. Les caractéristiques physiques
et chimiques des produits sont modifiées afin de déterminer l'influence
du goût, de l'odeur, de l'apparence et de la facilité d'emploi sur
les préférences des consommateurs.
Dans le secteur des prestations de service, c'est un outil employé
par les compagnies aériennes, les établissements de cartes de crédit,
les banques, les compagnies d'assurance, les télécommunications, les
agences de publicité et les services municipaux. On la retrouve encore
dans le domaine du tourisme et des loisirs quand il s'agit de finaliser
la conception d'installations hôtelières, de voyages organisés, d'unités
de time-sharing ou d'attractions pour des parcs à thème. Son champ
d'application s'étend même aux jeux de loterie nationaux.
Bref, depuis ses premières applications dans le secteur commercial
au cours des années 60, elle a évolué et comprend aujourd'hui une
série de techniques bien établies permettant de mesurer les compensations
effectuées par le consommateur aussi bien quand il choisit une brosse
à dents que lorsqu'il élit un député. L'analyse de corrélation est
un outil fondamental du marketing, à l'instar d'autres techniques
comme les échelles multidimensionnelles de perceptions et l'analyse
typologique pour la segmentation
du marché.
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