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La fin du monde |
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Auteur : Fukuyama |
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Revue National Interset dans le numéro d'été 1989, reproduite dans l'édition d'automne de la revue Commentaire |
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Il s’agit en fait d’un article provocateur publié pour la première fois dans le numéro d'été 1989 de la revue National Interset et reproduite ensuite dans l'édition d'automne de la revue Commentaire de la même année. Fukuyama commence son article par le constat qu'avec la fin de la guerre froide, un changement fondamental est en train de se produire dans l'histoire du monde. Pourtant le manque d'un cadre conceptuel pertinent, s'oppose à distinguer dans cet événement, ce qui est essentiel de la contingence historique. Tout au long du XX ème siècle le monde occidental s'est transformé sous une succession vagues de violence idéologique. Le libéralisme s'est imposé contre tout d'abord l'absolutisme, puis l'a emporté contre le bolchevisme et le fascisme pour finalement gagner par défaut contre un smarxisme modernisé et disposant d'arme nucléaire. Ainsi, le libéralisme économique et politique a bouclé un cycle complet sans se fondre dans le socialisme ou prendre sa place au musée des idéologies. Le triomphe de l'Occident est d'une part une victoire par défaut : tout système viable qui a pu se substituer au libéralisme a été totalement discréditée. Loin d'être un phénomène uniquement politique la victoire éclatante de l'idée occidentale et se manifeste désormais dans la diffusion de la culture de consommation en Chine, comme dans la passion pour le rock à Téhéran, ou la cote de popularité croissante de Beethoven au Japon. Dans ce sens, la fin de la guerre froide, n'est pas simplement la fin d'une guerre de plus mais peut-être bien quelque chose de plus essentiel : le point final du point idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale comme forme finale de gouvernement humain. Pour l'auteur, à ce stade initial cette victoire n'appartient qu'au domaine des idées et des consciences et c'est pour cette raison que la fin de l'histoire ne signifie pas la fin des événements historiques. En revanche à longue échéance, Fukuyama ne voit pas d'obstacles à ce que cet idéal notamment gouverne le monde réel. L'Etat universel et homogène L'idée que l'histoire aurait une fin n'est pas nouvelle. Ainsi Marx était déjà convaincu que l'évolution historique avait un sens déterminé par le jeu de lois materielles et qu'elle s'accomplirait dans l'utopie communiste. Mais la conception même de l'histoire comme processus dialectique ayant un début, un milieu et une fin, dans sa version première est développée par Hegel. Pour lui, l'humanité est passée par différents stades de consciences qui sont autant de formes concrètes d'organisation sociale : le stade tribal, l'esclavage, la théocratie, et enfin les sociétés démocratiques qui n'était que la culmination de la forme la plus rationnelle de société et d'Etat. Le jeune Hegel voyait dans la victoire de Napoléon à Iena en 1806, l'universalisation imminente d'un Etat qui réaliserait le principes d'égalité et de liberté. A cet égard, Alexandre Kojève, un des plus brillants exégètes de Hegel était également un de ces plus conséquents successeur. D'après l'auteur de "Introduction à la lecture de Hegel", cette bataille a effectivement marqué la fin de l'histoire parce que c'est à ce moment là que l'avangarde de l'humanité a actualisé les principes de la Révolution française. L'Etat qui émerge à la fin de l'histoire est libéral dans la mesure où il reconnaît et protège par un système juridique le droit universel de l'homme à la liberté et il est démocratique puisqu'il existe avec le consentement des gouvernés. Selon Kojève cet Etat "universel et homogène" a trouvé sa réalisation dans les pays d'Europe d'après guerre : ".....ces Etats mous, prospères, contents d'eux-mêmes, nombrilistes, qui dont le projet le plus héroïque était de créer un marché commun. En effet dans l'Etat homogène universel toutes les contradictions humaines sont résolues et tous les besoins sont satisfaits : ce que démeure essentiel c'est l'intérêt économique. Le pouvoir des idées Même si Hegel ne croyait pas que le monde réel puisse se confirmer aux notions idéologiques préconçues, il admettait néanmoins que tout comportement humain dans le monde matériel, donc toute histoire humaine plonge ses racines dans un état de conscience antérieur., explicite (les doctrines politiques modernes) ou pas (religion, des habitudes culturelles ou morales). A longue échéance ce domaine de conscience constitue la cause du changement dans le monde et non pas son effet. Les idées créent le monde à leur image.L'héritage hégélien a été repris et renversé par Marx qui a reléguéla sphère de la conscience au rang de "superstructure", déterminée par un certain type de production dans une société donnée. Mais la tendance de voir le monde à travers la prisme de matérialisme n'est pas l'apanage exclusif de la gauche marxiste. Aujourd'hui le poids intellectuel du matérialisme est amplifié par le phénomène que Fukuyama appelle "l'école de Wall Street Journal" qui conçoit l'homme en tant qu'un individu rationnel à la recherche du profit optimal, l'ingrédient de base de la vie économique. Cette circonstance pose obstacle à voir dans l'écroulement du communisme autre chose qu'un échec de son modèle économique, et la victoire du matériel sur l'idéal. Mais les défauts des économies planifiées étaient déjà manifestes avant la fin des années 80 et ce n'est qu'avec la prise de conscience des élites des régimes socialistes que le changement est devenu possible, résultant ainsi de la victoire d'une idée sur une autre. Fukuyama souligne qu'il ne nie pas les facteurs matériels en tant que tels mais, seulement relativise leur influence sur le type de société que les hommes créent. L'état de conscience ne crée pas le libéralisme mais contribue à le stabiliser en tant que stade final de l'histoire. Les défis au libéralisme Allan Bloom : Le moment de philosophie Après que l'Alliance occidentale a remporté la victoire à l'issu de cinquante ans de guerre froide, malgré ses devisions, celle ci n'a plus d'objectifs moraux et politiques. La menace extérieure qu'elle soit communiste ou fasciste disciplinait intérieurement les démocraties occidentales,tout en leur évitant un excès d'autocritiques. Mais les conflits dans lesquels étaient plongé le monde bipolaire, ouvrait un choix contraignant sans précédant - libéralisme ou rien. Aujourd'hui le monde a été démystifié, et l'humanité se dirige vers une sorte de marché commun global dont la seule fin est de satisfaire aux besoins matériels de l'homme. Nous sommes parvenus à la fin de l'histoire parce que la raison l'a emporté sur des revendications supra - rationnelles de la religion, de la nation, de la famille, de la classe et de la race - autant d'obstacles qui à reconnaissance de la dignité de l'homme en tant qu'homme. Allan Bloom constate qu' aujourd'hui pour la première fois il n'y a pas de contradictions essentielles entre notre raison notre devoir et nos loyautés. Ainsi la fin de l'histoire est une nécessité philosophique et depuis que le projet des philosophes des Lumières est devenu une partie de l'homme. Mais à la différence de Kojève (qui considère la fin de l'histoire comme une occasion formidable pour l'homme de philosopher sans contrainte et une reconnaissance morale que l'homme est une fin en soi), Fukuyama met l'accent sur la grise uniformité du monde "post-historique". Dès lors la paix et la réciprocité du marché ne signifieraient ils pas tout simplement la trivialisation ultime de l'homme et sa rentrée dans l'ordre purement animal. Quant à Kojève il doit être rapproché plus de l'interprétation nietzschéenne de de l'homme comme le "dernier homme" que de la description de Hegel. Le "dernier homme" de Nietzsshe est un être si dégradé qu'il suscite le dégoût et la révolte. Si cet être est vraiment produit de la raison alors la raison ne peut être que réfutée et il nous faut envisager la déraison comme la seule solution salutaire. Le libéralisme l'a emporté mais il se peut qu'il soit décidément non satisfaisant. Le communisme projet avorté n'était au fond qu'une extension démesurée du rationalisme libéral. En revanche, le fascisme bien que battu sur le champ de la bataille, n'est pas allé au bout de ses sombres potentialités et n'a pas fait la preuve de son efficacité ou impuissance économique. C'est pourquoi Allan Bloom voit en fascisme une tentation pour l'avenir, sinon l'avenir. Aussi bien pour les nations de l'Afrique et du Proche-Orient qui ont du mal à intégrer la modernité que les nations européennes en panne de motifs rationnels pour exclure de leurs territoire d'innombrables immigrés potentiels. Pierre Hassner : Fin de l'histoire ou la fin d'un cycle ? Se déclare surpris par les choix factuels opérés par Fukuyama pour appuyer sa réflexion. L'expérience d'Auschwitz et du totalitarisme ont largement remis en cause toute les tentatives de rationaliser la marche de l'histoire et de l'intégrer dans une philosophie. Mais à l'attention de Fukuyama échappent deux facteurs de la paix. L'un c'est la dissuasion nucléaire, et le caractère destructeur et irrationnel imminent de toute guerre qui se déclencherait entre Etats démocratiques et des Etats non libéraux; le deuxième c'est l'égalité démocratique du pouvoir pacificateur ducommerce, le remplacement de la guerre par le travail et de la domination des choses par l'administration des choses. Alain Besançon : Le drame est encore devant nous Remarque que s'il y a fin de l'histoire c'est parce que la démocratie est définitivement assimilée à cette fin par les hommes qui en ont gouté et qui ne sont pas prêts d'y renoncer. E revanche le rejet de la démocratie a eu lieu dans des pays qui n'ont pas accompli ou pas complètement leur révolution démocratique. Alain Besançon n'accepte les notions de fascisme et communisme dans leur difinition unitaire donnée par Fukuyama et distingue entre le fascisme conservateur (celui de Franco, Salazar, Horthy, Pétain et Mussolini) etet le totalitarisme idéologique nazi et communiste. Si le premier a disparu n'ayant pas résisté au progrès de la révolution démocratique, le deuxième se présentant sous l'apparence d'un projet scientifique pour déraciner le mal de la terre a dû être combattu. Mais il n'admet pas l'idée que l'évaporation du communisme est irréversible et estime que lorsque l'idéologie cesse d'être crûe, elle reste néanmoins un code de comportement et un programme d'action et que le simulacre idéologique constitue encore source d'histoire qui laisse un certain délai à sa fin. Jean - François Revel : Raison Pure Raison Pratique Estime que la victoire du libéralisme et plus une victoire morale et virtuelle qu'une réalité concrète. En outre Fukuyama omet de tenir compte du fait que l'histoire ets constituée non seulement d'évolutions et d'événements mais aussi de décisions prises par des acteurs individuels ou collectifs et qui peuvent être résolument illogiques. La question essentielle pour Revel c'est de savoir pourquoi les aberrations qui ont pris terme en même temps que l'histoire dont elles étaient les indices, ce sont produites dans un époque aussi éclairée et sur un continent pétri de civilisation occidentale libérale qu'est l'Europe. En effet, la folie des totalitarismes ne menaçait pas plus les hommes de la fin du XIXs. que nos contemporains, et rien ne permet d'affirmer que l'histoire n'a pas de vocation à se répéter ("qu'elle ne repasse pas les plats"). Au contraire, on assiste depuis deux siècles à la création s inédite à des formes de société anti - démocratiques, et comme le montre le cas de la révolution iranienne de 1975, les nouvelles formes de destruction du libéralisme peuvent être tout aussi modernes que ce libéralisme même. En dépit de la faillite patente de l'idéologie marxiste quelque deux milliards d'hommes en conforment encore leur vie en société et quelqu'quelles soit les mérites comparatifs du libéralisme, force est de constater que même au XXs. la raison pratique l'emporte devant la raison pure. Les sociétés non-démocratiques peuvent difficilement être assimilées à des cas isolés dans la mesure où géographiquement, celle-ci couvrent deux tiers de l'humanité. Et même si l'on peut espérer que la libéralisation les rattrapera inévitablement, la longue échéance en politique a toujours été un piège. L'histoire concerne non pas de processus abstraits mais des individus particuliers, et la vie humaine est courte. Et c'est notamment cette détestable preuve par l'avenir qui a servi et sret encore à justifier tant d'atrocités des utopies toalitaires. Le libéralisme émerge comme le meilleur système politique et social connu à ce jour, mais il est fort improbable que l'implantation démocratique se fera de façon automatique. Tout peut revenir en arrière, notamment parce tout est très souvent revenu en arrière. Pour que cela change les démocraties doivent se doter d'une politique mondiale de la démocratie et se donner les moyens pour influer su la marche de l'histoire au lieu d'attendre son déroulement dialectique. Car l'histoire n'est qu'une liste d'oeuvres et d'événements et jamais leur moteur. Philippe Raynaud : Un problème philosophique sérieux Loin de voir dans Le "brillant" article de Fukuyama une éloge de l'American way of life faite par un citoyen Américain. Y découvre un témoigne d'une européanisation de la pensée américaine. En effet le problème de la "fin de l'histoire" a toujours été considéré par la pensée philosophique allemande de Hegel à Heidegger comme un problème majeur, alors que la philosophie française était plus préoccuppée par l'iterrogation que deviendra la "négtive humaine lorsue les fins qui lui donnaient son sens auraient été accomplies ?" Francis Fukuyama ne se contente pas de rappeler les postulats de la conception hégélienne de la fin de l'histoire - à savoir 1) l'histoire est un processus de rationalisation; 2) ce processus est substantiellement rationnel; 3) cette fin apparaît avecl'épuisement des catégories dans lesquelles peuvent être pensées l'être et l'action humaine; Mais sa thèse est en fait plus ambitieuse comme le montre un de ses arguments centraux : notre temps serait marqué par tout projet visant à fonder un monde tout autre de ce qu'il est. Ainsi la fin de l'histoire est aussi la fin de toute contestation consciente du " système contemporain ". Gertrude Himmelfarb L'avenir est inconnaissable En se disant entièrement d'accord avec la première phrase de Fukuyama, à savoir que "quelque chose de très fondamental s'est produit dans l'histoire du monde" Gertrude Himmelfarb rejette ensuite le reste de l'article et l'idée d'une démocratie occidentale universalisée et éternisée. Selon elle, la dialectique de l'histoire ne consiste pas de lui attribuer "un début un milieu et une fin", mais de voir son évolution au rythme de thèse - anti thèse - la synthèse hégéliennes. Dans ce système, la synthèse du stade précédent devient la thèse de la phase actuelle, ce qui met un mouvement un cycle dialectique perpétuelle où l'histoire garde tout son suspens. Selon un autre grief, l'article de Fr. Fukuyama n'accorde pas suffisamment de place à la possibilité à ce que la religion, le nationalisme ou les passions raciales puissent émerger comme des concurrences idéologiques de la démocratie libérale. Une erreur encore plus grave consiste à les écarter complètement en tant que concurrents sérieux sous prétexte qu'ils n'ont pas de " signification universelle ". Mais c'est précisément là que réside le problème : Hitler, pourrait-on faire valoir n'avait pas de signification universelle et l'Holocauste était un événement unique, mais sa monstruosité n'en est pas moins significative. De surcroît, il annonce la possibilité d'autres événements analogues, sans précédent, voire impensables. Ainsi il existe peut être loin devant dans le temps, une nouvelle Amérique, aux contours encore incertains et moins bénigne que celle d'aujourd'hui, et dont rien ne permet de deviner l'existence. Nous savons au mieux ce qui a été mais non ce qui va être. |
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