La veille stratégique dans les PME-PMI en France

David Coudol et Stéphane Gros
Rapport du colloque sur la veille stratégique : Cas des PME-PMI en France, Paris, Mai 2000

Pour mieux approcher la pratique de la veille stratégique dans les PME-PMI en France, on présente ici la vision de spécialistes :

H. Martre : un constat et des ébauches de solutions

L'auteur signale dans son rapport du XIéme Plan (voir documents annexes), deux des problèmes déjà cités, à savoir le manque d'implication de la par des chefs d'entreprises et le manque d'élan national sur le thème de la veille.

Pour y remédier, il propose les solutions suivantes :

  • Informer : Faire prendre conscience aux chefs d'entreprises du rôle primordial de la veille dans la survie de leur entreprise.
  • Inciter : c'est, selon lui, le rôle de l'Etat par le biais de ses administrations (voir Annexe IV pour la description de ces administrations).
  • Mobiliser : notamment les régions, plus proches du tissu économique local.
  • Coordonner : harmoniser les différentes aides :
    • Etat : Commissariat Général du Plan, INPI, INERIS, CCI, ...
    • Région : CRCI, DRIRE, DRRT, ...
    • CEE : Projet ADAPT (initiative dans le cadre de l'Objectif 2, pour plus de détails voir dans l'article fournit en documents annexes).

H. Dou : ce chercheur (CRRM), ne se contente pas de proposer des solutions, il les applique également :

  • Participation à de nombreux colloques sur la veille dans les PME ainsi qu'à des journées de sensibilisation dans le cadre du projet ADAPT.
  • Assure des formations adaptées aux PME.
  • Participe activement aux débats sur la veille au sein des PME en collaboration avec l'ARIST d'Aquitaine notamment.
  • Elabore des gammes d'outils de veille automatisée adaptés aux PME : Dataview et fait la "promotion" d'autres outils· :
    • Spirit
    • Taiga
    • Topic
    • Tétralogie
    • Messie
  • Aide activement à la coordination des différentes aides aux PME (Etat, Régions, Communauté Européenne).
  • Encourage la création de clubs de veille.

A noter également la présence à ses côtés de deux autres chercheurs au CRRM : L. Quoniam et P. Hassanaly avec qui il a co-écrit de nombreux articles sur ces problèmes.

H. Lesca : ce chercheur de l'Université de Grenoble 2 joue également un rôle actif sur ce sujet mais part plutôt du cas des grandes entreprises et cherche les moyens de transférer leurs outils au cas particulier des PME. Son principal constat est le manque d'implication des chefs d'entreprise dans la veille. Son principale but est donc de les convaincre de son utilité :

  • Création de l'outil de mesure de l'efficacité d'un système de veille : FENNEC.
  • Co-créateur du logiciel d'analyse de données PUZZLE avec Delamarre et qui est basé sur la méthodologie du même nom. Cette dernière permet de donner du sens à un ensemble de "signaux faibles" recueillies lors de la première phase de la veille.

Les trois auteurs partent des mêmes constatations mais n'ont pas les mêmes approches au niveau des solutions à envisager, certains étant, dans ce domaine, plus " actifs " que d'autres.

Les principales barrières à la mise en place du système en PME-PMI

Plusieurs problèmes se posent aux PME en ce qui concerne la veille. Ils sont de divers ordres :

  • Non implication du chef d'entreprise;
  • Ne réalise pas la nécessité de la veille;
  • Manque de connaissance des structures d'aides existantes;
  • Ne pousse pas son personnel à se former au métier de veille;
  • Manque de connaissances des outils de veille automatisée (voir Annexe V ) manque de moyens financiers et techniques;
  • Ne peut pas s'offrir les services d'un grand cabinet de veille ( de 50.000 à 300.000 F/an);
  • Ne dispose pas de personnels formés et n'a pas les moyens d'embaucher un spécialiste;
  • Absence d'une dynamique nationale;
  • Implication des administrations;
  • Non coordination des différents projets d'aide;
  • Pas de cohésion nationale (il manque un mouvement national à l'initiative des PME).

Développement en France

Le développement de la veille n'est que très récent en France; En effet l'engouement pour la veille ne s'est manifesté que vers la fin des années 80.

Historique

  • En 1988, un comité d'orientation stratégique de l'information scientifique et technique de la veille technologique est crée par le ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur.
  • En 1989, l'union des industries chimiques a consacré un atelier de veille technologique.
  • Le Xème plan a pris en compte l'ensemble "veille technologique et politique des brevets".
  • En 1989, Henri DOU crée un DEA "information stratégique et technique, veille scientifique et technique" à l'université de Marseille III.

Pourquoi ce développement ?

La raison de cet intérêt soudain à la fin des années 80 est double :

  • Tout d'abord elle est liée à la réussite d'un pays comme le Japon qui surveille et traite l'information depuis très longtemps avec le succès qu'on lui connaît.
  • Ensuite elle est du à la nécessité d'innover des entreprises qui suppose d'avoir des renseignements pour voir ce que font les autres, pour pouvoir surveiller, se défendre et attaquer.

Quelques exemple de réussites au sein de PME Françaises

Quoi qu'il en soit au niveau de la théorie, il existe quelques exemples d'entreprises ayant parfaitement réussi dans la mise en place d'un système de veille.

Le cas d'une veille personnalisée

L'exemple d'une société spécialisée dans le secteur de la conception d'outils pour le bâtiment est intéressant. Leur système de veille s'est fait en interne et s'oriente sur trois pôles :

  • l'innovation : notamment avec les informations recueillies auprès des organismes comme l'ANVAR, la CCI, l'ARIST l'INPI;
  • la concurrence : les principales informations sont recueillies par les commerciaux de l'entreprise au près des fournisseurs et au sein des salons nationaux ou internationaux;
  • la conquête de parts de marché : en travaillant notamment avec l'INSEE et la CCI.

L'opération Soierie-Ennoblissement en Rhône-Alpes

Ce cas représente une belle réussite dans la mise en place d'une veille multipartenaires. Sous l'impulsion de l'institut Textile de France, cette réalisation a vu le jour en 1995 avec une orientation technologique. Ce type de système se base sur des conditions particulières :

  • PME-PMI appartenant au même secteur d'activité;
  • PME-PMI localisées dans la même région;
  • PME-PMI couvrant tous les métiers de l'activité considérée.

Ce système fonctionne comme un club d'échange d'informations avec en plus une recherche systématique d'information sur le secteur du textile et les innovations à l'étranger. De plus, les recherches d'informations se font au moyen d'outils simples et peu onéreux disponibles au sein des administrations et clubs de veille privés.

Les auteurs et leur posisionntment

Nom auteur

Nb livres

Co-Auteurs

Co-Auteurs différents

BAUIN S

1

4

4

BEDIN J

1

2

2

BRETON P

1

3

3

CALLON M

12

18

14

CHATEAURAYNAUD F

1

0

0

COLLINS H

1

2

2

COURET A

2

2

2

COURTIAL JP

7

11

8

CRANCE P

1

2

2

CROZIER M

1

1

3

DESVALS H

2

2

1

DORMY B

1

2

2

DOU H

2

2

1

FLAVIGNY PO

1

2

2

HENNION A

3

6

4

IGALENS J

8

6

3

JAKOBIAK F

2

0

0

JUAN J

1

2

2

LAGNEAU G

1

3

3

LAREDO P

4

5

3

LATOUR B

6

8

6

LEVY P

1

0

0

MAUGUIN P

2

5

3

MUSTAR P

3

5

4

PENAN H

8

7

4

ROUGEMONT D

1

3

3

ROUSSEL P

1

1

1

SIGOGNAU A

1

1

1

TEIL G

4

6

4

TURNER W

2

4

4

On peut voir à travers ce tableau, que de nombreux auteurs se sont intéressés à la notion de "Veille technologique". On voit en outre la très grande importance qu'occupe Mr Callon qui a écrit une douzaine d'ouvrage et qui a collaboré avec de nombreux autre auteurs sur le sujet ainsi que Mr Courtial.

Conclusion

La veille ne permet pas une baisse des dépenses au contraire, être mieux informé coûte très cher à l'entreprise et le fait de ne pas en faire pourrait être néfaste à l'entreprise sur une période de quelques années.

Des enquêtes ont montré que les entreprises qui sont durablement les plus innovantes ou qui ont une image de bonne qualité du produit ou du service sont celles qui sont bien avancées en matière de veille technologique. Nous pouvons citer par exemple l'Oréal, Elf...

Le coût constitue un fort handicap, cependant les PME Françaises ont désormais les moyens de se doter d'un système de veille. En effet, divers points peuvent les encourager en ce sens :

  • la prise de conscience de l'Etat et des collectivités territoriales de l'ardente nécessité de la veille pour la survie des PME Françaises
  • les initiatives des clubs de veille qui fournissent des éléments de base pour la mise en oeuvre d'un système de veille aux entreprises qui le demande.

Utiliser les outils proposés à moindre coût par ces clubs comme :

  • Tilte (ensemble de téléservices proposés spécialement aux PME)
  • Les annuaires de sites INTERNET utiles à la veille notamment technologique :
    • Electronic Newstand (base de périodiques anglo-saxons)
    • Uncover (moteur de recherche d'articles par mots-clés), ...
La multitude d'outils de veille automatisée disponibles

Le dynamisme de certains centres de recherche universitaires et de leurs directeurs (Grenoble avec H. Lesca et Aix-Marseille avec H. Dou) L'exemple des réussites de certaines entreprises dans ce domaine :

  • veille personnalisée avec une entreprise du bâtiment
  • veille multipartenaires avec les soieries de Rhône-Alpes. dont les entreprises peuvent s'inspirer.

 

A voir

Couverture du livre. 2ème édition 2000